Ce titre fait bien sûr référence à un livre très intéressant « Le guide et le procureur » de Jacques Dallest, Erik Decamp et Alexis Mallon, aux Èditions du Mont Blanc, paru en 2020.
Si le sujet de cet article concerne le monde judiciaire, l’objectif est avant tout de poser la notion d’une responsabilité partagée d’abord dans le champ de la philosophie, comme une vision à long therme de la Cartographie Systémique des Vigilance
.
Cette responsabilité partagée, qui reste encore à définir, à documenter est un versant logique de la notion de collaboration qui s’inscrit au coeur du Faire Ensemble de la CSV.
Cette vision, pour ne pas parler d’objectif, est une réponse à la sinistralité de notre accidentologie professionnelle, mais également associative des sports de montagne.
Ce texte est une lettre ouverte, écrite pour une rencontre avec la procureure de Gap, initialisée par la Compagnie des Guides des Écrins, le 22 Mai 2026.
Malheureusement, je n’ai pas pu participer à cette rencontre à Briançon, car je rentrais d’une présentation de la CSV Alpinisme à Besançon pour le CD FFCAM du Haut Doubs.
Mais, il se peut que le sujet ai été abordé.
À suivre donc…

Bonjour Madame la procureur,
Je me permet une question qui à plus trait à une évolution de nos pratiques professionnelles qu’au fonctionnement du parquet.
Je voudrais aborder les enjeux de la prévention et plus particulièrement du changement de paradigme que représente les approches collaboratives de la gestion du risque et plus particulièrement de l’implication de nos clients dans des stratégies de prise en compte des dangers, que ce soit en hiver pour la risque d’avalanche ou en alpinisme.
Plus concrètement, nous travaillons, avec un groupe d’experts pluridisciplinaires, sur une démarche de Faire Ensemble, depuis la conception, proposition de la sortie, à sa préparation et bien sûr à sa conduite. Sans oublier le débriefing, pièce angulaire de l’acquisition des compétences nécessaires par les membres du groupe.
Ce faisant, notre réflexion est centrée sur l’humain, avec des apports de la pensées systémique, de l’intelligence collective et émotionnelle, avec comme support la représentation graphique. Sans oublier bien sûr, les compétences de la nivologie et de la cartographie.
Bien évidemment, cette démarche est en rupture culturelle avec le mode de représentation de la pratique professionnelle, en ajoutant à ses compétences et responsabilité de guidage, des postures d’accompagnement du projet du groupe.
L’enjeu n’est surtout pas de remettre en question la responsabilité du guide dans sa dimension vertical le de leadership, mais d’y associer un fonctionnement plus horizontale des clients qui deviennent acteurs (s’ils le souhaitent et si c’est le projet du guide et du groupe) de leur sortie et participent à sa co construction (le membership).
Philosophiquement parlant, on pourrait parler d’une forme de collaboration, de responsabilité partagée.
Nous n’imaginions pas aborder ce sujet avec le monde judiciaire, car nous travaillons plutôt actuellement sur une proposition concrète et opérationnelle de réduction des risques et à terme de la diminutionde notre accidentologie et sinistralité professionnelle. Pour cela nous nous basons sur le constat que les professionnels ont un haut niveau d’expertise, validé par une formation initiale à l’ENSA, complété par des formations continue et soutenue par des organisme comme l’ANENA ou La Chamoniarde. La problématique des accidents vient donc d’ailleurs…
Nous faisons le pari qu’un implication des clients et leur formation procurent au guide, une multitude de cerveaux, d’observations ou de ressentis qui peuvent lui permettre de construire une activité plus sûr, au quotidien.
Et de ne surtout pas vous rencontrer dans l’exercice de votre fonction.
Pour cela la clef de ce système collaboratif repose sur l;’élaboration d’un schéma de la course projetée, co-construite avec l’ensemble du groupe. Dans notre jargon, c’est un gribouillon, un brouillon de la sortie où sont consigné toutes les dimensions d’une sortie, l’humain, le terrain et la nivologie. Et surtout ce canevas de la sortie est discuté avec l’ensemble du groupe et accepté par chaque participants.
Ce schéma, très concret, avec des couleurs et des annotations des uns et des autres, représentent l’ensemble des bonnes pratiques à mettre en oeuvre par le professionnel, depuis sa proposition initiale jusqu’au débriefing final.
Mais une erreur de jugement, d’appréciation est toujours possible et cette démarche CSV (pour Cartographie Systémique des Vigilances) n’élimine pas un accident. Par contre, il nous semble que le guide pourra présenté à LOPJ, lors de l’enquête un document construit de sa sortie, attestant de la mise en oeuvre de bonnes pratique et de l’engagement de ces clients.
Bien évidemment, nous n’en sommes pas encore là, car peu de guides utilisent cette démarche au quotidien.
D’où ma question…
Pensez-vous que cette dynamique de prévention, puisse être, certe un jour lointain, partagé et prise en compte par la sphère judiciaire.
Et surtout comment faudrait-il informer les différents rouages de l’avancée de cette volonté professionnelle de réduction des accidents.
Merci infiniment de l’attention que vous avez porté à ce sujet.
Bien sûr, je reste à votre entière disposition si vous avez des questions.
Un site internet présente également cette initiative.
Paulo Grobel
Guide de Haute Montagne