Voici le récit d’une sortie bien réelle d’alpinisme. Une initiation en tête à l’alpinisme., pour ouvrir un nouveau dossier sur la CSV et la pédagogie.
Nous sommes à La Grave, par une belle journée d’été. Juliette et ses amis ont envie de découvrir l’alpinisme.
Ils font de la randonnée depuis de nombreuses années et ont envie cette fois d’aller un peu plus haut, de découvrir un glacier et de mettre des crampons pour la première fois. Super, demain il fait super beau.
Nous nous retrouvons tous ensemble en fin d’après-midi en terrasse au Castillan. La vue est superbe sur la Meije. J’ai apporter une carte papier, une feuille blanche et les 3 petits feutres habituelles la CSV.
Entre bières et panaché, la préparation de notre sortie commence. En réalité, c’est la sortie elle-même qui commence.
Dans un rapide tour de table, tous le monde se présente et exprime ce qu’il attend de cette sortie. Les attentes sont très accordées : une sortie de découverte de l’alpinisme avec une envie de comprendre ce qu’est réellement cette activité nouvelle. Le niveau physique n’est pas identique entre les personnes mais largement suffisant pour monter au sommet du Dôme de la Lauze, depuis le sommet du télé de La Grave.
Nous avons ainsi abordé la nature du projet, le groupe et l’itinéraire envisagé.

Le lieu de nos exploits… Magique.
Je place la feuille blanche sur la table, on ouvre la carte et chacun ouvre son téléphone avec une application Carto. L’itinéraire est vite dessiné . Quelques points sont posés sur Iphigénie.
Une rapide explication sur la vigilance Glacier a permis de représenter le danger de chute en crevasse qui est très faible (en Jaune).
En voix off… La démarche CSV permet d’installer le Faire Ensemble et forcément d’inclure à la préparation des temps d’enseignement, par exemple sur les glaciers, sur la progression ou l’encordement.
Pour le glacier de la Girose, c’est un glacier classique et nous évoluerons en deux cordées de deux. Et pour la descente nous suivrons le même itinéraire avec une pose bières et tartes au myrtilles à la Cabine, le restau de 3200. Nous y ferons aussi notre debriefing de la journée. Les horaires sont définis, pas de souci, ce sera une journée très cool. On discute du matériel nécessaire, que nous irons louer ensemble chez Pierre-Henry. Il y a le matériel individuel que chacun dispose sur son baudrier et le matériel collectif, les cordes et les kits de sécurité.
Et la CSV se termine par un tour de table du ressenti de chacun. Charlotte, la sœur de Juliette était un peu inquiète mais elle est maintenant complètement rassurée car elle sait précisément où elle va, et elle a trouvé un espace bienveillant pour s’exprimer. Jacques, son mari, aurait bien aimé faire le Rateau Ouest car il a vu sur le programme des guides de La Grave que c’était une course idéale pour l’initiation. Je lui explique qu’il pourra y aller une prochaine fois et que le Dôme de la Lauze est une belle balade sur le glacier, avec une vue superbe.
Tout est bien et nous nous donnons rendez-vous à 7h à la benne.
Nous nous retrouvons au Castillan pour un petit café.
L’occasion de reprendre la carte pour se remémorer l’itinéraire envisagé et en deux minutes faire un briefing des aspects marquant de notre journée. Principalement pour rassurer tout le monde en précisant notre mode de fonctionnement :
Et chacun valide ce fonctionnement en un dernier tour de table.
Il est temps de prendre les bennes et de ce retrouver directement à 3200m.
Forcément, nous prendrons du temps au départ pour observer et mieux comprendre l’environnement glaciaire et pour apprendre les quelques techniques nécessaire. Heureusement, il n’y en a pas beaucoup et elles sont très simples : Savoir s’encorder en bout ou sur la corde, déterminer la longueur de l’encordement et faire des petits nœuds. Avec bien sûr une explication sur le pourquoi des choses.
Et tout se passera comme prévu. Nous aurons même, au sommet, le plaisir d’observer un couple de gypaète qui tournoie au-dessus nous.
Au débriefing, c’est la catastrophe, il n’y a plus de tarte aux myrtilles ! Mais nous allons quand même prendre 1/2 h pour un débriefing structuré, en portant attention aux émotions.
Tout le monde a été très content de la sortie, avec des étoiles dans les yeux. Et une envie forte, « C’est quand qu’on repart ensemble faire de l’alpinisme ? »

Une petite carte des lieux avec une dimension géomorphologie.
L’initiation en tête est basé sur la confiance, le Faire Ensemble et l’engagement. La confiance en la capacité de chacun de savoir marcher, le Faire Ensemble par la mobilisation d’une dynamique de groupe d’entraide, et l’engagement par une implication direct dans l’action.
C’est obligatoirement une course côté F, sans passage exposé et en bonnes conditions (de la montagne et de la météo). On retrouve ici le principe d’aménagement du terrain, classique en pédagogie.
Beaucoup d’itinéraires d’alpinisme qualifiés d’initiation ne le sont pas ou du moins pas pour une initiation en tête. Pour une pratique guidée, ils peuvent l’être, mais avec une seule cordée ! Il y a donc une nécessité de qualifier ce qu’est un itinéraire adapté à l’initiation en tête et d’en faire une liste (une base de données) facilement partageable entre les encadrants.

Et la Démarche CSV semble incontournable de ce choix a la fois par sa dimension globale de gestion d’une sortie et par sa dimension pédagogique d’enseignement mutuel.
3… Associer un outil d’aide à la décision comme DCMR (pour la méthode Danger/Mesures/ Conséquences/Risques) avec la CSV est également indispensable, ne serait-il que pour expliquer qu’il n’y a pas de danger pour la course choisie.
4… La taille du groupe est un élément important à prendre en compte pour garantir une disponibilité de l’encadrant, une capacité d’écoute du groupe et une possibilité d’interactions cohérente. Deux cordées de deux semble un repère pertinent, trois cordées est également possible sur un itinéraire très simple..
Difficile de parler de l’initiation en tête sans aborder le sujet des cordées autonomes. Ce sera donc le thème d’un prochain article.
A bientôt.
